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Étrésillons de plancher et de charpente : à quoi ils servent vraiment

Étrésillon, entretoise, croix de Saint-André : leur rôle exact, la règle des 60 fois l'épaisseur, et quand l'entretoisement devient obligatoire sur un solivage.

étrésillonsolivageplancher bois
Julien Vasseur

Publié le 25 avril 2026

par Julien Vasseur

Charpente bois neuve avec chevrons et poutres posée sur un mur de maçonnerie

TL;DR

  • Un étrésillon ne porte presque rien : il empêche la solive de tourner sur elle-même.
  • La règle à connaître : longueur libre de solive limitée à 60 fois son épaisseur.
  • Sur une solive de 75 mm, cela fait 4,50 m avant d'avoir besoin d'une file d'entretoisement.
  • Posés sur du bois trop humide, les étrésillons deviennent inutiles au premier été.

Sur un chantier, l'étrésillon est la pièce qu'on pose en dernier, souvent à contrecœur, parce que « ça tient déjà bien ». Puis le plancher grince, et personne ne comprend pourquoi.

Le malentendu vient d'une intuition fausse : on croit que l'étrésillon soutient. Il ne soutient rien.

À quoi sert un étrésillon ? Il empêche les solives de tourner sur elles-mêmes sous charge — le déversement — et maintient leur entraxe constant. Sa fonction est de stabiliser, pas de porter.

Dans cet article : le rôle exact de la pièce, le vocabulaire qui embrouille tout le monde, la règle de dimensionnement à retenir, et les erreurs de pose qui annulent complètement son effet.

À quoi sert vraiment un étrésillon

Une solive est une pièce haute et mince. C'est précisément ce qui la rend efficace en flexion — et instable latéralement.

Chargez-la : elle fléchit. Chargez-la davantage, ou laissez sa semelle supérieure libre, et elle commence à basculer sur le côté. C'est le déversement, ou flambement latéral par torsion. La solive ne casse pas d'un coup, elle vrille.

L'étrésillon fait quatre choses, dans cet ordre d'importance :

  • Il bloque la rotation de la solive en la reliant à ses voisines, qui ne peuvent pas toutes tourner dans le même sens.
  • Il maintient l'entraxe constant, ce qui garantit que les panneaux de plancher retombent bien sur les appuis prévus.
  • Il redistribue une charge ponctuelle — une cloison, une baignoire, un poêle — vers les solives adjacentes au lieu de la laisser sur une seule.
  • Il rigidifie le solivage pendant le chantier, avant la pose du panneau qui formera diaphragme.

Ce qu'il ne fait pas, en revanche : reprendre une descente de charge verticale. Un étrésillon n'est pas un appui.

Charpente et solivage bois avec entretoises dans des combles en cours de réfection

Étrésillon, entretoise, croix de Saint-André : le vocabulaire

Trois mots pour des pièces voisines, et une confusion permanente. Remettons de l'ordre.

TermeOrigineUsage courant
Étrésilloncharpente et étaiementpièce posée en butée entre deux solives ou chevrons
Entretoiseossature boispièce horizontale intermédiaire d'un mur ou d'un solivage
Croix de Saint-Andrécharpente traditionnellepaire de pièces croisées en diagonale entre solives

Dans la pratique française, étrésillon et entretoise désignent la même chose dès qu'on parle de plancher : un tronçon de solive posé perpendiculairement entre deux solives. Le mot change avec le corps de métier, pas avec la pièce.

L'entretoise a en revanche un sens précis en ossature bois. Le NF DTU 31.2 l'emploie pour les pièces horizontales intermédiaires d'un mur : lorsque la hauteur du mur à fabriquer dépasse celle du panneau de contreventement, une entretoise doit être mise en œuvre pour permettre le couturage des rives du panneau. Sans elle, le bord du panneau n'a rien où être fixé, et le voile travaillant ne travaille plus. Le sujet est détaillé dans notre guide de lecture d'une coupe de mur à ossature bois.

La croix de Saint-André, elle, est une variante en diagonale. Plus efficace en théorie, beaucoup plus longue à poser, et rarement justifiée sur un plancher de maison individuelle.

Quand l'entretoisement devient obligatoire

Il n'existe pas de règle du type « une file tous les 60 cm ». Ce qui existe, c'est une limite de longueur libre de la solive : la distance entre deux points où sa stabilité latérale est assurée.

La règle historique, héritée du corpus charpente, retient une longueur libre limitée à 60 fois l'épaisseur de la solive. Traduite en cotes de chantier :

Épaisseur de soliveLongueur libre maximale
38 mm2,28 m
45 mm2,70 m
63 mm3,78 m
75 mm4,50 m

Une solive de 75 × 225 mm sur 5 mètres de portée dépasse donc la limite : il faut au moins une file d'étrésillons à mi-portée, ce qui ramène chaque tronçon à 2,50 m.

Attention toutefois : cette règle est un garde-fou, pas une justification. Le NF DTU 31.1 « Charpente en bois », dans sa version de juin 2017, a introduit l'Eurocode 5 (NF EN 1995-1-1 et son annexe nationale) comme référentiel de calcul, avec une alternative aux anciennes règles CB 71 seulement si les documents particuliers du marché le prévoient. La stabilité des poutres se justifie donc désormais par calcul — la FFB revient en détail sur ces évolutions.

Julien Vasseur

Le conseil de Julien

En bureau d'études, je pose la question dans l'autre sens : plutôt que « faut-il des étrésillons ? », je regarde si le panneau de plancher est cloué en rives sur toute sa périphérie. S'il l'est, la semelle supérieure est tenue et le déversement est largement bridé. S'il ne l'est pas — panneau non couturé, faux plafond suspendu, solives apparentes — l'étrésillonnement redevient la seule sécurité.

Un cas particulier vaut d'être signalé : un caisson de toiture préfabriqué avec voile de contreventement et vide entre solives inférieur ou égal à 60 cm ne relève pas du DTU 31.1 mais du NF DTU 31.2. Le même solivage change de référentiel selon son mode de fabrication.

Poser des étrésillons dans les règles

Le calcul dit combien. La pose décide si ça sert à quelque chose.

Étrésillons chevauchés plutôt qu'alignés. En les décalant alternativement de quelques centimètres, on peut clouer à travers la face de la solive, dans le fil, avec deux pointes par extrémité. Alignés, on est obligé de clouer en biais ou en bout — l'assemblage le plus faible qui existe en bois.

Ajustés, pas forcés. Le cahier des clauses techniques du NF DTU 31.1 tolère un écart de 5 % sur la section en tout point de la pièce. Sur une solive de 225 mm, cela représente plus de 11 mm de variation possible. Un étrésillon débité à la cote théorique arrivera trop juste ou trop large : on recoupe au relevé, solive par solive.

Sur du bois à la bonne humidité. C'est l'erreur qui ruine tout le travail. Comme le résume la fiche « charpente en bois » du catalogue construction bois, le NF DTU 31.1 admet à la mise en œuvre des humidités élevées selon la classe de service — jusqu'à 25 % en classe de service 2, 30 % en classe de service 3, avec les précautions de son annexe B. Un bois posé à 25 % qui redescend à 12 % en service perd plusieurs millimètres en largeur. Votre étrésillon serré au montage devient une pièce libre qui claque.

Erreur fréquente : utiliser l'étrésillon comme support de jonction de panneaux OSB. Ce n'est pas son rôle, et un panneau dont le joint tombe sur un étrésillon décalé n'est pas correctement appuyé. Le support de rive se prévoit sur le plan de calepinage, séparément.

Erreur fréquente aussi : oublier que l'aubier n'est pas toléré par les critères de choix des matériaux du DTU 31.1, et que la classe d'emploi 2 est un minimum pour les bois protégés des intempéries — même pendant la phase chantier. Une chute d'aubier reste une chute, pas un étrésillon.

FAQ — Étrésillons de plancher et de charpente

À quoi sert un étrésillon dans un plancher bois ?

Il empêche les solives de tourner sur elles-mêmes sous charge, un phénomène appelé déversement. Il maintient l'entraxe constant, redistribue une charge ponctuelle vers les solives voisines et rigidifie le solivage pendant le chantier. Il ne reprend pratiquement pas de charge verticale.

Les étrésillons sont-ils obligatoires ?

Ils ne sont pas systématiques : ils deviennent nécessaires quand la stabilité latérale des solives n'est plus assurée. La règle historique retient une longueur libre de solive limitée à 60 fois son épaisseur. Au-delà, il faut au moins une file d'entretoisement, et la justification se fait par calcul selon l'Eurocode 5.

Quelle différence entre un étrésillon et une entretoise ?

Dans l'usage courant, les deux mots désignent la même pièce posée entre deux solives. Étrésillon vient du vocabulaire de la charpente et de l'étaiement, entretoise du vocabulaire de l'ossature bois où le DTU 31.2 emploie ce terme pour les pièces horizontales intermédiaires d'un mur.

À quelle distance pose-t-on les étrésillons ?

Une file au milieu de la portée suffit dans la plupart des planchers de maison individuelle. Sur de grandes portées, on multiplie les files pour que chaque tronçon de solive reste sous la limite de longueur libre. L'espacement doit être validé par le calcul de stabilité, pas repris d'une habitude de chantier.

Conclusion

L'étrésillon est la pièce la moins spectaculaire d'un plancher bois et l'une des plus mal comprise. Elle ne porte pas : elle empêche de vriller.

Les trois points à retenir :

  • Rôle = stabilité latérale, pas reprise de charge.
  • Longueur libre ≤ 60 × l'épaisseur de la solive comme premier garde-fou, calcul Eurocode 5 pour la justification.
  • Chevauchés, ajustés au relevé, sur du bois à la bonne humidité — sinon autant ne rien poser.

Pour aller plus loin, le référentiel applicable dépend de votre ouvrage : notre décryptage du NF DTU 31.2 pour l'ossature bois vous dira lequel des deux DTU s'applique, et notre analyse des maisons bois en kit importées montre ce que devient un solivage quand personne ne vérifie ces points.

Julien Vasseur

Julien Vasseur est charpentier-ossaturiste depuis 2014. Après huit ans passés sur les chantiers d'une entreprise de charpente de Nouvelle-Aquitaine, il rejoint un bureau d'études où il dessine et cote des murs à ossature bois, des planchers et des charpentes pour des maisons individuelles et des bâtiments agricoles. Il a lancé Exigence Plus après avoir constaté que la majorité des schémas d'ossature bois disponibles en ligne étaient incomplets, mal cotés ou hors DTU. Il y publie les détails qu'il utilise réellement en production.

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